Kouakou Konan Laurent (Président du CIFA) : '' Les clubs amateurs en Côte d'Ivoire sont victimes de ségrégation de la part de la FIF ''
« L'homme/la femme derrière la performance »
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Kouakou Konan Laurent (Président du CIFA) : '' Les clubs amateurs en Côte d'Ivoire sont victimes de ségrégation de la part de la FIF ''
Kouakou Konan Laurent, président du Kimi Football Club de M'Bahiakro, et président de l'association Clubs Ivoiriens de Football Amateurs (CIFA) a saisi la FIFA pour dénoncer l'exclusion des clubs amateurs de la gestion fédérale du football en Côte d'Ivoire. Dans cette interview, il explique les raisons de la revendication des clubs amateurs.
Lescore3 - RNTV : En tant que président de l'association '' Clubs Ivoiriens de Football Amateur (CIFA) '', vous avez rendu public un mémorandum que vous avez transmis à la FIF, avant de saisir la FIFA pour dénoncer le fait que les clubs de football amateur soient tenus à l'écart de la gestion fédérale en Côte d'Ivoire, alors qu'ils sont soumis aux mêmes obligations statutaires que les clubs dits professionnels. Bien plus, vous demandez à la FIFA de s'impliquer pour une réforme de la FIF. Qu'est ce qui a été l'élément déclencheur de cette revendication ?
Kouakou Konan Laurent : Pour me présenter, je suis le président de Kimi Football Club de M'bahiakro (Kimi FC) et président de Clubs de Football amateur (CIFA). Le CIFA est né dans la difficulté pour défendre la cause des clubs de football amateur en Côte d'Ivoire, pour faire entendre leur voix, poser leurs préoccupations et demander qu'ils soient traités de façon juste et équitable, avec le respect qui leur est dû. La réalité est qu'en Côte d'Ivoire les clubs de football amateur vivent dans des difficultés permanentes. Depuis longtemps, le CIFA constate les énormes difficultés rencontrées par les clubs amateurs, notamment les grosses charges financières et autres, les difficultés administratives. Nous avons très peu de moyens et, hélas, nous ne sommes pas réellement représentés comme il le faut dans les instances de décision au plan fédéral, au niveau de la FIF. En outre, nos conditions de participation aux compétitions sont extrêmement difficiles, vraiment pénibles. Certains pourraient dire que c'est l'augmentation du nombre de licences qui a été l'élément déclencheur, mais ce n'est pas la raison de notre revendication. Notre colère légitime qui explique notre mémorandum et notre démarche découle d'un situation récente qui a exacerbé le sentiment d'injustice que nous éprouvons, bien que notre revendication date de longtemps. C'est le fait que certains président de clubs de football amateur n'ont pas hésité à se désister au profit d'autres clubs, abandonnant leurs athlètes, ces enfants qui sont de jeunes joueurs, dans les pires difficultés, dans une galère totale. Face à cette situation inacceptable, nous, clubs de football amateur, nous nous sommes réunis pour tirer les leçons de ce débat et nous avons rédigé un document pour présenter aux institutions au plan national et international, la situation de précarité des clubs amateurs et de leurs joueurs en Côte d'Ivoire.
Lescore3 - RNTV : Combien de clubs compte le CIFA ?
K.K.L : Nous avons plus d'une centaine de membres qui sont des clubs amateurs. Mais bien que tous les clubs amateurs ne soient pas inscrits en tant que membres de notre organisation, nous prenons en compte les préoccupations de l'ensemble des clubs amateurs.
Lescore3 - RNTV : Vous affirmez avoir déposé votre mémorandum à la FIF, à sa Commission de gouvernance et au ministère des Sports. Mais vous dites n'avoir reçu aucune réponse satisfaisante. Si bien que vous avez décidé de saisir la FIFA. Pouvez-vous revenir sur le sentiment que frustration que cette absence de dialogue a provoqué au sein des clubs amateurs ?
K. K. L : Il faut le dire tout net, nous avons eu le sentiment que nos préoccupations n'ont pas été prises en compte. Nous n'avons pas obtenu de réponse alors que notre première démarche a été de privilégier le dialogue. Nous avons adressé le mémorandum au président de la FIF, Idriss Diallo. Nous n'avons pas obtenu de réponse. Ensuite nous avons écrit à la Commission de gouvernance de la FIF, sans suite. Puis nous avons écrit au ministère des Sports, en vain. Tous ces courriers sont restés sans suite. Vous voyez donc que la saisine de la FIFA n'intervient pas en première intention.
Lescore3 - RNTV : Depuis quand avez-vous initié cette démarche ? Nous sommes en période électorale à la FIF et d'aucuns pensent que vous voulez en profiter pour avoir gain de cause...
K. K. L : Que ceux qui sont tentés de le penser sachent que notre revendication et notre démarche datent de bien longtemps. Il faut remonter à 2012, lors de la création des clubs de District et de Division Régionale. Nous avons très vite constaté que nous étions des membres affiliés très actifs et soumis aux mêmes obligations statutaires que tous les autres clubs, mais nous étions écartés de la gouvernance fédérale et des prises de décision. Nous avons approché les gouvernants d'alors et nous avons été reçus par plusieurs responsables de la FIF que nous avons rencontrés. Nous avons réfléchi et travaillé sur la question. Mais cela n'a pas abouti. Nous sommes restés dans l'antichambre, sans droit de participation aux AG de la FIF, sans être écoutés. Le temps est passé et la période de la '' Normalisation ''. [Ndlr : La période de normalisation à la Fédération Ivoirienne de Football a débuté le 24 décembre 2020 et s'est achevée en avril 2022 avec l'élection de Idriss Diallo à la tête de l'institution. Suite à des crises persistantes et paralysantes au sein du football ivoirien, la FIFA avait nommé un Comité de normalisation (CONOR), le 24 décembre 2020. Le comité était dirigé par Mariam Dao Gabala, la présidente, entourée de Martin Bléou et Adou Abé Simon, installés le 21 janvier 2021]. Nous avons pensé que c'était une aubaine pour poser nos problèmes. Avec la poussée des clubs, nous avons rencontré le doyen Martin Bléou, le juriste du CONOR, à Yamoussoukro et nous lui avons dit que nous entendons participer à la gouvernance fédérale du football en Côte d'Ivoire, au niveau de la FIF. Le doyen Bléou nous a fait comprendre que les clubs amateurs ne pouvaient pas tous participer, mais que néanmoins on allait nous accorder un représentant par Ligue au niveau de la gestion fédérale. Nous n'étions pas totalement satisfaits mais nous avons pensé que c'était un début de réponse, quelque qu'il fallait tenir pour avancer. C'est ainsi qu'il a été inscrit dans les résolutions du CONOR que chaque Ligue devait avoir un (1) représentant au sein de la gestion fédérale. Puisqu'il y a douze (12) Ligues, cela donnait 12 représentants pour les clubs amateurs. Nous nous attendions donc a ce qu'à l'Assemblée générale de la FIF en mars 2022, on nous dise que nous avons des représentants aux assises. Mais que ne fut notre surprise de constater qu'au lieu de nous intégrer, ceux qui ont participé à cette AG sont allés jusqu'à prendre une décision contre-nature, c'est à dire que désormais on pouvait être membre affilié sans être membre actif. Très concrètement, ils ont limité les membres actifs aux clubs de Ligue 1, de Ligue 2 et de la 3e Division, écartant ainsi, de la façon la plus injuste, tous les autres clubs amateurs. A savoir les clubs de District, de Division Régionale et de football féminin qui deviennent des membres affiliés non actifs. Vous entendez celà ! Des clubs affiliés non actifs ! C'est-à-dire des clubs qui n'existent pas. Alors que ces clubs sont soumis aux mêmes engagements et aux mêmes obligations statutaires que les autres clubs. Comment comprendre que la faîtière, la FIF elle-même qui organise les compétitions auxquelles nous participons vienne à nier notre existence et nous mettre totalement à l'écart. C'est écrit noir sur blanc dans les textes de la FIF : '' membres affiliés non actifs ''. Allez-y comprendre quelque chose ! Ce fut la goutte d'eau qui a commencé à faire déborder le vase. Nous avons initié plusieurs démarches auprès des responsables de la FIF, mais n'ont n'avons pas obtenu de suite. Depuis lors, nous écrivons à la FIF mais personne ne répond. Ce qui nous a amené au ministère des Sports. Mais ce fut le même silence. Nous avons donc décidé d'écrire à la FIFA pour qu'elle vienne regarder, pour voir si le traitement qui est réservé par la FIF aux clubs amateurs en Côte d'Ivoire est conforme aux textes de la FIFA. Nous savons que les textes sur les associations proscrivent la ségrégation. On ne peut donc pas avoir cela dans les textes de la FIF. Or les clubs amateurs sont victimes de ségrégation. C'est vraiment triste.
Lescore3 - RNTV : Dans les différentes propositions que vous faites dans le référendum, quel est le point le plus urgent à traiter pour le bon fonctionnement du football amateur en Côte d'Ivoire ?
K. K. L : Si je devais ne retenir qu'un seul point, je dirais qu'il faut donner au football amateur toute la place qui lui revient dans les instances fédérales et dans la gouvernance fédérale du football en Côte d'Ivoire. Car les clubs amateurs sont nombreux, ils constituent le socle du football, ils forment les jeunes. C'est la base, le vivier, le plus grand pourvoyeur de joueurs et de talents pour le monde professionnel. Ils doivent donc pouvoir participer à la prise des décisions qui déterminent leur avenir. Pour nous, le développement du football ivoirien ne peux pas être durable si la base est fragilisée. Il ne peut pas y avoir de football professionnel fort en Côte d'Ivoire sans un football amateur fort.
Lescore3 - RNTV : Quelle a été la réaction des 580 clubs amateurs à la suite de la saisine que vous avez adressée à la FIFA ?
K. K. L : C'est une réaction positive. Les 580 clubs amateurs que nous avons répertoriés savent que leur situation est au cœur de nos préoccupations et que nous nous battons pour eux, que nous portons leur voix. Ils ont donc apprécié cela
Lescore3 - RNTV : Si la FIFA devait imposer une médiation, quelle serait pour vous le meilleur scénario de sortie de crise pour préserver l'unité du football ivoirien, si vous deviez vous retrouver à la table de négociation avec les instances du football ?
K. K. L : Nous n'avons pas déposé en tant que telle une plainte contre la FIF à la FIFA. C'est une revendication que nous avons soumise à l'attention de la FIFA, après avoir effectué plusieurs démarches auprès de la FIF et du ministère des Sports. Nous voulons que la FIFA viennent observer et comprendre ce qui se passe au niveau de la gestion fédérale du football ivoirien, pour que les anomalies qu'elle pourrait détecter soient corrigées, dans l'intérêt du football ivoirien.
Lescore3 - RNTV : Et si le président Idriss Diallo vous invitait à une table de discussion.
K. K. L : Cela serait bienvenu. Ce que nous demandons depuis longtemps, c'est que le dialogue soit inclusif et que la voix des clubs amateurs soit entendue et prise en compte et qu'ils puissent participer à la prise de décisions au niveau fédéral. Nous privilégions de ce fait la voie du dialogue.