Election à la FIF - Issa Ouattara (Pdt du Séwé Sport de San Pedro) : '' Non à la candidature unique de Idriss Diallo, il faut une concertation d'urgence sur les subventions ''
« L'homme/la femme derrière la performance »
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Election à la FIF - Issa Ouattara (Pdt du Séwé Sport de San Pedro) : '' Non à la candidature unique de Idriss Diallo, il faut une concertation d'urgence sur les subventions ''
Lescore3 - RNTV : Monsieur Issa Ouattara, en votre qualité de président du Séwé Sport de San Pedro, vous êtes un acteur important du football ivoirien. Nous sommes à la veille de l'Assemblée générale de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) qui va élire le nouveau président. A ce sujet, l'actualité est marquée par la question de la candidature unique du président sortant Idriss Diallo au profit de qui les autres candidats se sont désistés. Est-ce que l'idée de la candidature unique est acceptée par l'ensemble des présidents de clubs ?
Issa Ouattara : Je vous dis tout de suite non ! L'idée de la candidature unique du président Idriss Diallo n'est pas l'avis de l'ensemble des présidents de clubs en Côte d'Ivoire. Si c'était le cas, on n'aurait pas eu plusieurs candidatures au départ. On aurait eu dès le départ une seule candidature. Or, si l'on en croit le journal Jeune Afrique, il y avait au départ trois candidatures et des discussions auraient été menées pour que le président sortant soit le seul candidat aujourd'hui. C'est pour dire que si la candidature unique était la position de tous les présidents de clubs, on n'aurait pas eu les autres candidatures, puisque les deux autres candidats qui se sont désistés sont aussi des présidents de clubs. Ce qui signifie qu'il n'y a pas d'unanimité sur la candidature unique de Idriss Diallo.
Lescore3 - RNTV : Ceux-ci qui ont pris l'initiative de la candidature unique affirment être majoritaires au niveau des présidents de clubs. Est-ce le cas ?
I.O : Je ne sais pas qui a pris l'initiative de la candidature unique. Je sais à travers les médias qu'il avait deux autres candidats annoncés en dehors du président sortant. Il y avait le jeune Souleymane Cissé qui est le président du Racing Club d'Abidjan (RCA) et Malick Tohé dont on parlait. Mais permettez-moi de confirmer que Malick Tohé n'a jamais déposé officiellement sa candidature. C'était sur les réseaux sociaux qu'on apprenait qu'il était candidat. Mais comme il n'a pas démenti ces annonces, on peut penser qu'il avait la volonté de se présenter. On sait qu'il fait partie du bureau exécutif sortant. Un jour, je lui ai posé la question de savoir s'il est candidat. Il m'a répondu que ce sont le community managers qui le disent sur les réseaux sociaux. Comprenez cela. Mieux, j'ai été voir le président Idriss Diallo en personne, pour lui demander si Malick Tohé est candidat. Il m'a répondu : '' Non, Malick n'est pas candidat ''
Lescore3 - RNTV : Est-ce qu'en tant que président du Séwé Sport de San Pedro vous êtes pour la candidature unique de Idriss Diallo ?
I.O : Je n'ai jamais été un partisan de la pensée unique et je ne le serai jamais. Je vous le dis clairement, je ne suis pas pour la candidature unique. La pensée unique tue le progrès et le développement. Si tu es seul à réfléchir, tu as une seule voie de solution, une seule réponse. En revanche lors qu'on réfléchit à plusieurs, plusieurs voix de solution s'ouvrent devant nous et nous avons plusieurs réponses. Et parmi ces réponses, on arrive à trouver la meilleure. Je ne suis donc pas pour la candidature unique, mais malheureusement nous sommes arrivés à cette situation. Que faire alors ? C'est une question qui se pose. Figurez-vous que si les trois candidatures avaient été maintenues, on aurait eu plusieurs propositions concernant la subvention à allouer aux clubs de la Ligue 1 et de la Ligue 2 notamment. Par exemple, pour la Ligue 1, Idriss Diallo aurait proposé 300 millions, Souleymane Cissé aurait 400 millions et Malick Tohé, 500 millions voire plus. Ce sont des exemples que je donne. Pour la Ligue 2 Ligue 2 et les autres divisions, les propositions auraient aussi été plus importantes. Vous savez, lorsque les clubs ont plus de moyens et que les joueurs sont mieux traités, les championnats deviennent plus attrayants. Hélas, on n'aura pas l'occasion de savoir ce que les autres candidats auraient proposé. Moi, j'aurais souhaité qu'il y ait plusieurs candidatures pour que les présidents de clubs choisissent celui qui allait leur faire la meilleure proposition. Vous savez, c'est triste mais on entend des gens dire que les présidents de clubs attendent la subvention pour faire vivre leurs équipes. Ce n'est pas vrai. Les présidents de clubs font beaucoup de sacrifices par eux-mêmes pour faire vivre leurs équipes et personne ne l'ignore. Cependant, comme dans tous les pays du monde, la subvention est une ressource additionnelle importante dont les clubs ont besoin pour faire face à leurs lourdes charges chaque saison. On nous dit que la Ligue 1 et la Ligue 2 en Côte d'Ivoire sont des championnats professionnels. Moi je dis non. Pour exemple, parmi les joueurs que je connais au niveau de la Ligue 2 , il y en a qui sont au Black Market. Après les entraînements, ils s'en vont vendre des téléphones. Je connais un jeune joueur qui s'est spécialisé dans la vente de téléphones. C'est un jeune homme qui est brillant. Mais il ne vit pas du football, donc il n'est pas professionnel. C'est le cas de nombreux jeunes joueurs en Côte d'Ivoire qui tirent leurs ressources pour vivre d'activité autres que le football. Donc, on ne peut pas me dire que la Ligue 2 est professionnelle. Il faut avoir le courage de dire les choses telles qu'elles sont. Malheureusement, les gens manquent de courage à ce niveau.
Lescore3 - RNTV : Est-ce qu'il y a comme vous des présidents de clubs qui sont opposés à la candidature unique. N'est-ce pas une minorité qui s'oppose à la candidature unique de Idriss Diallo ?
I.O : Chers amis, sachez que si c'était une minorité qui n'était pas d'accord avec la candidature unique, on aurait fait l'économie des discussions qu'il a eues pour arriver à la candidature unique. Ce n'est pas vrai. Quand on nous dit que la majorité des présidents de clubs sont d'accord pour la candidature unique, je réponds que ce n'est pas vrai. Sinon, il n'y aura pas eu de velléité de candidature depuis un an. Et c'est d'ailleurs cette pression qui a fait qu'il a eu beaucoup de tricherie dans les matchs en fin de saison et dont j'ai été victime (...). Et cela est un autre problème. On pose tous ces problèmes depuis quatre ans .
Lescore3 - RNTV : Vous avez décidé de ne pas attendre l'AG de la FIF pour poser les problèmes et vous le faites maintenant. Quels sont les principaux problèmes qui se posent dans le football ivoirien aujourd'hui ?
I.O : Premièrement, je le redis encore, on nous dit que la Ligue 1 et la Ligue 2 sont des ligues professionnelles. Ce n'est pas vrai. On a même désigné un '' président de la Ligue professionnelle ''. Mais qu'est-ce qu'une profession ? C'est le métier ou l'activité qui permet de tirer des ressources pour vivre. Vous pensez qu'à Abidjan un footballeur peut vivre décemment avec 100.000 F ? En Ligue 2, on demande de donner 100.000 F à un joueur. Mais ces jeunes joueurs qui sont en Ligue 2 ont des familles et des charges, à commencer par le loyer dont on connaît le coût à Abidjan. Sans compter la nourriture au quotidien. Il ne s'en sort pas avec 100. 000 F et il est obligé de survivre par d'autres activités. Ce qui signifie que la Ligue 2 en Côte d'Ivoire n'est pas une ligue professionnelle. D'où la question de savoir ce qu'il faut faire pour avoir des Ligues véritablement professionnelles. Comme le disait mon grand frère Simplice De Messé Zinsou il y a bien longtemps, on ne sait pas dans quel championnat on est en Côte d'Ivoire. Deuxièmement , il y a un gros problème d'arbitrage que nous dénonçons depuis quatre ans au moins. Au lieu de s'attaquer aux tares de l'arbitrage en Côte d'Ivoire, on nous parle de '' faits de jeu ''. Ça me fait sourire. C'est une fuite en avant. J'ai entendu dire qu'il n'y a eu que deux plaintes concernant l'arbitrage la saison écoulée. Je suis surpris car à mon niveau personnel, j'ai déposé deux plaintes. Est-ce à dire que les choses se sont arrêtés à mes deux plaintes ? Soyons sérieux ! Il a aussi des problèmes organisationnels au niveau de la FIF. On ne fait rien pour les resoudre. Le problème est que ceux que nous avons mis à la FIF pour gérer le football Ivoirien pensent qu'ils sont au-dessus des présidents de clubs. Or tout commence par les clubs. S'il n'y a pas de clubs, il n'y a pas de fédération et il n'y a pas de président de fédération. Certains sur les réseaux sociaux croient que le président de la FIF fait du bénévolat. Non. Je le dit, la fonction de président de la FIF et les postes responsabilités à la fédération ne sont pas du bénévolat. Les personnes qui y sont y ont un intérêt. Il faut le savoir. Il y aussi la question des stades sur lesquels les championnats ivoiriens se jouent. Ils sont croulants, délabrés, dans un état déplorable. Un jour j'ai ramené la photo du stade de Soubré où mon clubs a disputé un match, au président de la FIF. C'était triste. Mais alors que je m'attendais à une réponse compatissante et à un engagement à s'attaquer à ce problème, il m'a répondu : '' Est-ce que tu as mieux que cela ? ''. Mais ce n'est pas à moi de trouver mieux. Ce n'est pas aux présidents de clubs de trouver mieux. On me dira que la question des stades relève du ministère des Sports et de l'Office national de sport (ONS). Mais je voudrais rappeler que sous le président Jacques Anoma, de gros efforts avaient été consentis par la FIF pour la réhabilitation de plusieurs stades. Alors que Jacques Anoma disposait de moins de moyens qu'aujourd'hui. Prenez le Complexe d'Abobo, le Complexe de Yopougon, le Champroux à Marcory et le Parc des Sports à Treichville. Ils sont tous pourris avec un système de drainage inexistant. C'est un gros problème parce que la matière première du football, c'est un terrain sur lequel on doit jouer. Il y aussi, au niveau de l'équipe nationale, le fait que les joueurs qui évoluent dans le championnat ivoirien sont marginalisés. Comment comprenez vous que le meilleur buteur du championnat ivoirien ne puisse pas être appelé en équipe nationale A pour faire valoir ses qualités de buteur, alors que nous manquons cruellement de buteurs ? Au niveau de la gestion de la FIF, combien de président de club savent lire un bilan financier ? Je ne fais d'injures à personne, mais beaucoup ne savent pas lire un bilan financier. Si chacun de nous savait lire un bilan, on aurait compris qu'il y a beaucoup de problèmes. Quand vous allez à l'AG, on vous aligne des bilans financiers sans que personne n'y comprenne quoi que ce soit, et on adopte tout, les yeux fermés, par acclamation. Par le passé, j'ai fait remarquer lors d'une AG que les membres statutaires à la FIF qui ont voix délibérative sont les présidents de la Ligue 1, de la Ligue 2 et de la Ligue 3. Je ne comprenais donc pas la présence des représentants de l'ONS, les salariés de la FIF et autres hommes de main à l'Assemblée. Le Directeur exécutif m'a répondu que je devais poser le problème à huis clos et non à l'Assemblée. Je tombais des nues. Le Directeur exécutif demande qu'on ait son autorisation avant de parler à l'AG ! Ça, c'est un autre problème.
Lescore3 - RNTV : Cela pose la question du bilan du président sortant Idriss Diallo. Ce bilan est-il inattaquable ?
I.O : J'échange souvent avec le président Idriss Diallo. On pense qu'à la FIF tout fonctionne bien. Mais ce n'est pas vrai. En fait, beaucoup de choses ne fonctionnent pas. Quand on parle de bilan inattaquable, qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que Dieu lui-même a fait l'unanimité ? Non . Cela signifie que dans le bilan d'un être humain, il y a des choses qu'on peut attaquer. Je veux évoquer certains points à titre d'exemple. On nous dit que sous Idriss Diallo nous avons remporté la CAN chez nous. Mais d'autres l'on remportée à l'extérieur. Entre le fait de remporter la CAN à domicile et gagner la CAN à l'extérieur, qui a le plus de mérite ? Je pense que c'est celui qui a gagné à l'extérieur. On nous aussi dit cela faisait 12 ans qu'on ne s'était pas qualifié pour le Mondial et que notre dernière qualification est un exploit. Ce n'est pas vrai. La période où nous ne nous sommes pas qualifiés pour le Mondial était une période de crise à la FIF. Nous étions dans la normalisation. Nous étions en pleine crise et c'était difficile de se qualifier pour la Coupe du Monde, vu le contexte qui prévalait. Ensuite, au Mondial, on nous dit que c'est la première fois qu'on sortait de la phase de poule pour atteindre le deuxième tour. En fait c'était sur le papier. La réalité est que nous n'avons pas dépassé le stade où nous avons l'habitude de nous arrêter. Nous avons été éliminés à l'endroit habituel. C'est parce qu'il y avait 48 équipe que nous avons atteint la phase suivante. Dès qu'on s'est retrouvé dans les 32 sélections, nous avons été sortis. Donc rien n'a changé. Nous n'avons pas encore atteint le niveau du Maroc, du Cameroun, de l'Égypte, de l'Algérie, du Nigeria, du Sénégal (...) à la Coupe du Monde. Mais voyez ce que le Cap Vert, un pays d'à peine 4 millions d'habitants, a réalisé comme exploit. Le bilan d'Idriss Diallo n'est donc pas inattaquable.
Lescore3 - RNTV : A vous entendre, la FIF n'écoute pas assez la voix des présidents de clubs...
I.O : Je viens de vous le dire, lorsque nous sortons de l'AG élective, celui qui est élu pense qu'il est au-dessus des présidents de clubs, ceux qui mettent de leur argent et de leur énergie à faire vivre le football au plan national. C'est la triste réalité. Je me rappelle une AG de la FIF à laquelle j'avais participé en son temps. J'étais à l'époque vice-président du Stade d'Abidjan avec mon ami Doffou Innocent. Nous étions tout au plus quatre ou cinq présidents de club dans la salle. Les autres étaient des secrétaires généraux. C'était le triomphe de l'acclamation. Et la pratique continue.
Lescore3 - RNTV : Vous êtes donc de ceux qui constituent le front du refus de la candidature unique, pour faire entendre leur voix ?
I.O : Aujourd'hui, je peux vous dire qu'il y a au moins 45 clubs qui ne sont pas d'accord pour la candidature unique, sur un total de 85 clubs, hormis les groupements d'intérêt. Nous représentons la majorité des clubs en Côte d'Ivoire. Et je vous assure que si une solution n'est pas trouvée, la prochaine AG élective de la FIF va déboucher sur une grave crise qui va nous faire basculer dans une normalisation plus difficile. Pour l'heure les gens ne se dévoilent par peur de représailles. Mais, ils observent et il ne resteront pas inactifs. Sachez que la majorité des clubs ne sont pas d'accord pour la candidature unique d'Idriss Diallo.
Lescore3 - RNTV : Au regard de ce schéma inquiétant, à quoi va ressembler la prochaine AG de la FIF ?
I.O : Cette AG sera l'AG de la division. Les clubs vont en sortir divisés. Il y aura des votes par dépit et sous pression. Et dans les mois qui vont suivre, les problèmes vont commencer. L'AG qui se profile à l'horizon est celle de tous les dangers. Elle va créer plus de problèmes qu'elle ne va apporter des solutions, si l'on n'y prend garde.
Lescore3 - RNTV : Dans ce contexte, quel appel pouvez-vous lancer pour l'apaisement du climat autour de la FIF ?
I.O : Il n'est pas trop tard pour corriger les choses. Ce qu'il faut faire en urgence avant la tenue de l'AG afin de faire baisser les tensions, c'est que le Comité Exécutif sortant qui gère les affaires courantes mais qui est allé au delà des affaires courantes en changeant de sélectionneur - ce qui est très loin d'être une affaire courante - peut tout aussi bien convoquer une assise d'urgence sur les montants des subventions aux clubs, pour apaiser les clubs et le climat en faisant des propositions à un niveau raisonnable. On peut discuter autour de 300 millions pour trouver une solution qui apaise tout le monde. Mais si les choses restent en l'état, l'AG qui arrive sera une AG catastrophique qui va entraîner le blocage du fonctionnement de la FIF et une grave crise au niveau du football ivoirien. Le président sortant Idriss Diallo le sait. C'est pourquoi il doit prendre les devants. On sait qu'il y a eu deux bonus financiers avec la CAN et la Coupe du Monde. Donc, je dis qu'en l'état actuel des ressources disponibles à la FIF, il est possible de donner 300 millions de F CFA à tous les clubs de Ligue 1 sur une période qui pourrait être déterminée au cours d'une rencontre de concertation.
Lescore3 - RNTV : Concrètement, vous demandé une augmentation significative de la subvention allouée aux clubs ivoiriens...
I.O : Oui, je le dis, je le demande et j'insiste. Cela est possible. Il y va du développement du football ivoirien. Il faut faire en sorte que les clubs ivoiriens soient en mesure d'être à bon niveau financier, pour que les conditions soient réunies, afin que le championnat ivoirien soit véritablement professionnel. Il faut une réunion d'urgence pour éviter le pire qui se dessine. Nous sommes présidents de clubs et nous nous parlons. Si on s'entête à opérer un forcing, cela va mal tourner. Il faut une concertation d'urgence pour qu'on dise aux clubs quels sont les montants des subventions qui leur seront données pour la saison 2026 - 2027, et que tout le monde s'accorde pour qu'on aille à des élections apaisées.