Football - Situation financière des clubs en Côte d'Ivoire : Idriss Diallo doit accepter de discuter avec les présidents
« Côte d'Ivoire, enracinement »
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Football - Situation financière des clubs en Côte d'Ivoire : Idriss Diallo doit accepter de discuter avec les présidents
L' Assemblée générale (AG) de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) se tient le samedi 12 septembre 2026 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. Candidat unique à sa propre succession, le président sortant de la FIF, Yacine Idriss Diallo, a présenté, le mardi 1er septembre 2026, son programme pour la période 2026-2030 intitulé '' Transformer pour durer ''. Entre autres axes de ce projet, il entend favoriser l'auto-organisation des clubs afin qu'ils gagnent en indépendance financière. Et c'est là l'enjeu principal de tout projet de développement du football ivoirien. Mais comment y parvenir ? C'est à cette question qu'il faut urgemment trouver des réponses. Le président Idriss Diallo qui sera immanquablement réélu, doit prendre le leadership de cette discussion en invitant les présidents de clubs à la table de concertation. C'est une question qu'il faut régler, au risque de voir le football ivoirien tourner éternellement en rond au plan national.
Les dirigeants de la FIF ne doivent donc pas s'agacer à chaque fois que les présidents de clubs évoquent la subvention qui est liée au dénument dans lequel se trouvent les équipes ivoiriennes. Idriss Diallo et son Comité exécutif ne doivent pas s'énerver, bouder, éviter les présidents de clubs, ou chercher à les humilier en les méprisant, mais discuter avec eux pour trouver des solutions. Ils ne doivent pas considérer les revendications des clubs comme un acte de défiance vis-à-vis d'eux. Ce n'est pas non plus un acte de mendicité. Ce sont des préoccupations légitimes.
On sait bien sûr que la FIF ne peut pas, à elle seule, pourvoir à tous les besoins des clubs. Mais elle doit faire le maximum. Au demeurant, il est inexacte de dire que des clubs vivent exclusivement de la subvention. La subvention accordée par la FIF, bien qu'elle soit d'une réelle utilité aux bénéficiaires, ne représente en réalité qu'une goutte d'eau dans la mer des charges des clubs dans une saison.
Il faut employer les mots : les clubs de football ivoiriens, dans leur grande majorité, gisent dans la pauvreté. Un dénument total dont la Côte d'Ivoire et la FIF ne sauraient être fières. Et avec eux, les joueurs qui broient du noir. C'est ce qui explique le fait que les clubs demandent la subvention et réclament son augmentation, en attendant leur autonomisation. Mais que propose concrètement Idriss Diallo pour l'autonomisation financière des clubs, pour leur éviter désormais les demandes de subventions qui sont accueillis par des refus humiliiants ? Il doit clairement le dire et se mettre au travail, au delà des mots.
On oppose souvent aux présidents de clubs qui réclament une hausse de la subvention, le modèle exceptionnel de réussite de Me Roger Ouégnin avec l'ASEC Mimosas et le projet Sol Béni. Un grand projet visionnaire qui est à saluer et à enseigner à tous. On leur demande donc de faire comme lui. Mais il faut être réaliste. Il est très peu probable qu'un autre président de club, même s'il le voulait et y travaillait dans le même format que Me Roger Ouégnin, puisse réussir, dans le contexte économique difficile actuel, la performance accomplie par le président de l'ASEC Mimosas il y a plus d'une décennie. Et plusieurs facteurs expliquent cela.
Le premier est qu'il n'y plus aucune entreprise partenaire pour accompagner les clubs de football en Côte d'Ivoire. Les entreprises, confrontées, à leurs propres difficultés financières, ne sont plus promptes à accompagner le football local. Ce que Me Roger Ouégnin a pu réussir avec la SIFCA et COMAFRIQUE à partir de 1988 ne se reproduira certainement pas en Côte avec un autre club, dans les mêmes conditions. Me Roger Ouégnin était porteur d'un projet ambitieux et il y est parvenu les mains nues, à force d'arguments pertinents et de persuasion des partenaires. Cela n'a pas été facile et tout le mérite lui revient. Mais c'était une autre époque, où la vie n'était pas aussi difficile pour les entreprises en Côte d'Ivoire. On pouvait donc se permettre des largesses. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Me Roger Ouégnin a été là, au bon endroit, au bon endroit.
Qui plus est, par sa capacité à convaincre les supporters à adhérer à son projet, le président de l'ASEC Mimosas avait réussi à mobiliser les '' Actionnaires '' qui ont participé au financement du club Jaune et Noir. C'était à une époque où les derby ASEC - Africa remplissaient le Stade Félix Houphouët-Boigny qui refusait du monde. L'ASEC Mimosas faisait des recettes à tous ses matchs qui se jouaient à guichet fermé au Félicia. Mais qui, aujourd'hui, va voir un match de championnat en Côte d'Ivoire ? En dehors des rencontres des Eléphants, le public ivoirien s'est détourné du football local au profit de la Premier League anglaise, la Liga espagnol, la Ligue 1 française...qui captivent toute leur attention. Et lorsque des Ivoiriens ont un peu d'argent à consacrer au football, ils préfèrent le placer dans les paris sportifs, plutôt que de soutenir un club en Côte d'Ivoire. Il s'en suit dès lors qu'il ne saurait y avoir un autre Roger Ouégnin en Côte d'Ivoire. Que faire donc si on ne peut pas multiplier les Roger Ouégnin ?
La FIF doit œuvrer à trouver les solutions à la pauvreté des clubs en mettant en place de véritables projets bien structurés, en collaboration avec les partenaires qui pourraient être mobilisés par l'Etat en échange par exemple de facilités fiscales, et avec tous les appuis institutionnels étatiques nécessaires. Idriss Diallo doit trouver un modèle de gestion et un mécanisme viables pour l'autonomisation des club. Cela est possible si la volonté fédérale et étatique suivent.
L'implacable réalité est qu'on refuser la subvention aux clubs démunis ou refuser d'augmenter les montants alloués. On peut bouder leurs présidents, les fuir et se cacher. Mais on ne peut pas les empêcher d'exister et de revendiquer. La solution ne réside donc pas pour Idriss dans un bras de fer inutile et néfaste avec les clubs. Il faut taire l'orgueil et les égos. Les destins de la FIF et des clubs sont indissociables, car sans clubs, il ne saurait y avoir de fédération. Le temps est donc venu pour Idriss Diallo d'appeler les présidents de clubs, de toutes les ligues, divisions et catégories confondues, à la concertation. C'est le vrai sens de son prochain mandat. Mais en attendant l'autonomisation, il faut allouer une subvention conséquente aux clubs en augmentant les montants et en élargissant l'assiette aux autres divisions, pour que les joueurs du championnat ivoirien n'aient plus faim...