Football : Le déclin des clubs ivoiriens dans les compétitions africaines
« Mettre les chiffres en récit »
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Football : Le déclin des clubs ivoiriens dans les compétitions africaines
En Côte d’Ivoire, rares sont les clubs de football qui peuvent aujourd’hui nourrir l’ambition de jouer les premiers rôles dans les compétitions de la Confédération africaine de football (CAF). Ce rêve, naguère légitimement caressé chaque année par les grands clubs d’Abidjan, notamment l’Asec Mimosa, l’Africa Sport, le Stella Club et le Stade d’Abidjan, ne semble plus à la portée des équipes ivoiriennes, tant il est désormais lointain. Comme les vestiges d’un passé glorieux, le football ivoirien est réduit depuis longtemps à la nostalgie de l’âge d’or passé de ses clubs dans les compétitions africaines.
Des heures de gloire…
En effet, il faut remonter à 1998 pour voir l’Asec au sommet de l’Afrique avec la Ligue de Champions CAF remportée à Abidjan au Stade Félix Houphouët-Boigny face aux Zimbabwéens du Dynamos FC de Harare le 12 décembre de cette année, sur le score de 4 buts à 2 au match retour, après un match nul vierge (0-0) le 28 novembre 1998 au National Sport Stadium de Harare à l’aller. Trois ans plus tôt soit en 1995, les Mimos avaient atteint l’ultime phase et disputé la finale mais perdu contre les Sud-Africains des Orlando Pirates au Stade Félix Houphouët-Boigny le 16 décembre 1995 sur le score de 1 but à 0, après avoir pourtant réalisé une très bonne opération au match aller (2-2) au Firt National Bank Stadium de Johannesburg.
En 1999, l’Asec d’Abidjan s’offre la Super Coupe de la Confédération CAF en battant sur le score de 3 but à 1 l’Espérance Sportive de Tunis au Stade Félix Houphouët-Boigny, au terme d’un match d’anthologie livré par les ‘’ Académiciens ‘’, les jeunes talents nouvellement éclos de l’Académie Mimos Sifcom. Bien avant, les Mimos avaient remporté la Coupe de l’ex-UFOA en 1990 après en avoir été finalistes en 1989. Le grand rival de l’Asec, l’Africa Sport d’Abidjan, avait lui aussi su faire honneur au football ivoirien. Les Oyé ont atteint la finale de Ligue de Champions CAF 1986 qu’ils ont hélas perdue contre les Egyptiens du Zamalek SC sur le score de 0 but à 2 le 28 novembre 1986 au Stade internationale du Caire et sur le même score (0-2) le 21 décembre 1986 au Stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Plus tard, l’Africa remportera deux trophées africains en Coupe de la Confédération CAF (ex-Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe) en 1992 et en 1999, après avoir été finaliste de cette compétition non moins prestigieuse à l’époque, à deux reprises, en 1980 et en 1993.
En 1993, les Oyé s’étaient adjugé la Super Coupe de la CAF le contre le club marocain du Wydad AC de Casablanca par 5 t-a-b à 3, après un match nul (2-2), le 10 janvier 1993 au Stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Quant à la Coupe de l’ex-UFOA (Union des fédérations ouest-africaines), l’Africa se l’est adjugée à trois reprises, en 1985, en 1986 et en 1991. Puis arrive le Stade d’Abidjan qui a écrit les premières lettres de gloire des clubs ivoiriens dans les compétitions CAF. Les Yéyé ont été la première équipe ivoirienne à remporter la Ligue des Champions CAF en 1966 en battant, après prolongations, les Maliens du Réal de Bamako sur le score 4-1 au match retour, après avoir perdu 3-1 à l’aller dans la capitale malienne. Le Stade d’Abidjan fut le deuxième club africain à soulever le prestigieux trophée, après l’Oryx de Douala. Enfin vient le Stella Club d’Adjamé qui boucle la marche des trophées africains.
Les Magnans ont remporté la Coupe de la Confédération CAF en 1993 contre le Simba FC de Tanzanie après avoir concédé le match nul (0-0) à l’aller au Stade Robert Champroux à Abidjan avant de triompher des Tanzaniens sur le score de 2 but à 0 à Uhuru Stadium de Dar Es Salam. Faut-il le rappeler, en 1975, le Stella Club d’Adjamé avait atteint la finale de cette compétition (ex-Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe) mais avait été battu par le Tonnerre de Yaoundé à l’aller et au retour (0-1) puis (1-4).
Hélas, depuis 1999, l’on n’a jamais revu un club ivoirien, ne serait-ce qu’en finale d’une compétition africaine. Pour la Ligue des Champions CAF 2024-2025, le Stade d’Abidjan et le FC San Pedro, les deux représentants ivoiriens, ont été éliminés respectivement au tour préliminaire (FC San Pedro) et en phase de poule (Stade d’Abidjan). Au niveau de la Coup CAF, l’Asec est tombé en quart de finale, son meilleur niveau de participation à une compétition africaine, depuis le sacre de 1999 en Super Coupe de la CAF.
Pour la saison 2025-2026 des compétitions interclubs de la CAF, les clubs ivoiriens ont connu un parcours globalement difficile, marqué par des éliminations hâtives, à l'exception du FC San Pedro. ASEC Mimosas a été éliminé dès le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Le Stade d’Abidjan s'est fait éliminer également dès le tour préliminaire de la Ligue des Champions. L'AFAD a été aussi sorti prématurément au tour préliminaire de la Coupe de la Confédération. Le FC San Pedro est le seul club à avoir pu s'extirper des tours préliminaires pour décrocher une qualification en phase de groupes de la Coupe de la Confédération, mais été éliminé en phase de poules après avoir terminé à la 4ème place du Groupe A.
…au déclin qui perdure
Pour les clubs ivoiriens, c’est le déclin sur la scène continentale. Difficile, pour ne pas dire impossible pour les représentants ivoiriens d’atteindre le dernier carré des compétitions africaines dans lesquelles ils s’engagent depuis 2000. Deux décennies et demie de disette, pour ne pas parler de famine, en termes de trophées africains. L’Asec qui est le représentant le plus régulier en Ligue de Champion de la CAF peine à retrouver son lustre africain d’antan. Les Jaune et Noir se font désormais éliminer avant les demi-finales. Le sort de l’Africa Sport est plus triste. Minés par les crises internes à répétition, les Vert et Rouge végètent toujours en Deuxième Division, aujourd’hui Ligue 2.
Le Stade d’Abidjan, les nouveaux clubs émergents tels que le FC San Pedro, le Racing Club d’Abidjan et les autres qui ont disputé ces dernières années les compétitions africaines ont toujours été sortis dès les tours préliminaires ou les phases de poule. Les Vert et Blanc du Stella Club d’Adjamé, eux, semblent avoir totalement oublié le chemin des coupes africaines des clubs depuis 1993. Mais qu’est-ce qui peut bien expliquer ce long passage à vide ?
La fuite des talents vers les grands championnats européens
La raison la plus évidente du déclin des clubs ivoiriens dans les compétitions CAF est la fuite quasi-systématique des jeunes talents vers les championnats infiniment plus attractifs financièrement en Europe et dans une moindre mesure, vers les pays asiatiques et maghrébins où les footballeurs sont mieux rémunérés que sur les bords de la lagune Ebrié. Le fait est que cet exode massif est un phénomène bien organisé à travers la pléthore d’Académies de football qui a vu le jour en Côte d’Ivoire.
Ces académies n’ont pas toujours une vision pour le développement et la promotion du football au plan national. Elles sont surtout actives dans le domaine de la détection et du placement des jeunes talents les plus prometteurs dans les grands clubs. Hier, tout cet argent qu’on voit aujourd’hui dans le football au plan international n’existait pas. Cela avait sans doute contribué, naguère, à maintenir sur place les joueurs les plus talentueux, vu qu’il n’y avait pas les enjeux financiers que l’on voit aujourd’hui. Mais le football est désormais une puissante industrie qui génère des fonds colossaux et qui permet aux athlètes talentueux d’accéder à d’immenses fortunes. Aussi, pour les clubs ivoiriens et autres agents et acteurs, la détection des jeunes talents est devenue un business lucratif. Le drame est qu'en réalité les clubs ivoiriens ne peuvent plus retenir leurs meilleurs joueurs pour espérer gagner des trophées continentaux. Face aux enjeux, ils ne peuvent que les exporter afin de leur donner leur chance pour une carrière au plan international, mais pour tirer profit de leur transfert et faire vivre les clubs.
L’Asec a donné le ton avec l’Académie Mimos Sifcom et le transfert de toutes les jeunes pépites qui lui ont permis de gagner la Super Coupe de la CAF en 1999. Et depuis lors, c’est la règle, aussi bien pour le club Jaune et Noir que pour les autres académies de football, qu’elles appartiennent à des clubs ou à de parfaits profanes en football qui détectent des jeunes footballeurs pour les exporter. Le moindre talent trouvé est exporté vers les grands clubs, dans les grands championnats européens dont les agents scrutent au quotidien les championnats africains, pour trouver de jeunes pouces.
Des salaires qui ne peuvent retenir les jeunes talents dans le championnat ivoirien
A défaut, ce sont les championnats asiatiques et maghrébins plus rémunérateurs avec des salaires pouvant aller de 1 à 7 millions de FCFA, ou les quelques rares autres clubs africains plus cotés comme le TP Mazembe par exemple en RDC, qui attirent le lot des joueurs ivoiriens qui n’ont pas été recrutés en Europe. En Côte d’Ivoire, les salaires dans les clubs qui payent le mieux se situeraient entre 150.000 FCFA et 300.000 FCFA. En tout cas, dans des cas exceptionnels, ils excédent, dit-on, rarement 500.000 FCFA. Les défavorisés et autres clubs moins nantis proposent des rémunérations plus modestes. Qui plus est, certains cumulent les arriérés de salaires. Seul l'ASEC Mimosas a les moyens de payer des salaires records entre 750.000 F CFA et 1 million de F CFA. Il est évident qu'avec un petit niveau de traitement, c'est difficile de retenir des joueurs capables de rivaliser avec les grands clubs africains et de gagner la Ligue des Champions ou la Coupe de la Confédération de la CAF. Il faut donc trouver le remède à ce mal.